Skip to main content

Nous terminons cette conversation croisée avec une lettre que Marie Malavoy a écrite à Katia-Isabelle. Une lettre remplie d’émotions, de reconnaissance et d’encouragement à continuer de se battre pour ce qui nous tient à coeur. Malgré les souffrances endurées qui parfois perdurent même pendant de nombreuses années, il ne faut jamais cesser d’y croire et oser!

 

Prenez le temps de lire cette magnifique lettre ici:

 

Chère Isabelle, Je repense souvent à nos échanges lors de nos conversations à la fois distantes par la technologie mais remplies de proximité par leur contenu. Tu m’as plongée dans un univers que je connaissais peu et pour lequel à vrai dire j’avais quelques préjugés. Je ne les ai pas tous perdus mais l’exemple de ton engagement dans les forces armées canadiennes a arrondi des angles jusque-là bien abrupts. Au fil de nos rencontres j’ai compris ce qui au départ avait animé ton choix de carrière : un profond désir de sauver des gens. Même maintenant, alors que tu te débats toujours avec les démons qui ont parcouru ton chemin, tu sens en toi un appel auquel tu continues d’avoir envie de répondre. Comme si c’était plus fort que tout. Comme si, au-delà des souffrances que tu as vécues, subsistait un élan de générosité que tu souhaiterais satisfaire. Je te l’ai dit, cette propension un peu folle à vouloir sauver le monde a trouvé un écho en moi, rejoignant mon parcours politique. On veut servir, changer des choses, sinon le monde, on y perd quelques plumes, et pourtant on y croit. Cette force-là je la sens encore chez toi mais ce qui m’impressionne c’est que tu réussisses, à travers bien des épreuves, à la canaliser dans de nouveaux projets. Tu veux vraiment t’en sortir : méditation, neurofeedback, retraite équine, pour trouver ton équilibre; inscription à des cours pour parfaire tes connaissances ; conférences, travail sur un film ou une télésérie pour partager ton expérience. Il faut beaucoup d’énergie et de combativité pour mener tout cela de front. Tu en as, et c’est ce qui te permet de toujours rebondir.

Avant que nous ayons un premier contact, j’avais l’impression que j’allais rencontrer une femme un peu effondrée, abimée par la vie. Tu as souffert certes, et tu continues d’avoir des flashbacks inquiétants, mais tu transformes peu à peu le stress paralysant en une énergie productive. Tu as la volonté de t’en sortir, doublée du besoin d’en aider d’autres à passer au travers des épreuves. Et puis – c’est peut-être la plus riche conséquence – tu transmets tes outils à tes enfants pour qu’ils façonnent leur existence en trouvant le juste milieu entre leurs rêves et la réalité. Ce que tu as vécu fait de toi une meilleure mère m’as-tu confié. Je te crois. Maintenant il te reste à poursuivre ton chemin, sans trop regarder en arrière, mais sans nier non plus la rudesse de certains épisodes. Il te reste à trouver ton équilibre entre la réparation de ton âme et le partage de tes émotions avec d’autres meurtris de ce monde. Je sais que tu as tout ce qu’il faut pour y parvenir.

Quant à moi, je ressors de notre expérience avec un mélange de sentiments. D’une part j’en veux encore à l’armée pour les malheurs qu’elle inflige à des personnes comme toi qui se sont engagées avec espoir et générosité. D’autre part j’ai découvert à quel point ces malheurs peuvent enrichir l’expérience humaine et transformer un enfer en terreau fertile pour une renaissance. Tiens-bon la route, la lumière est déjà là au bout de ton tunnel.

Avec toute mon amitié,
Marie Malavoy

 

 

Voici la lettre-réponse écrite par Katia-Isabelle Boivin pour Marie Malavoy où il est sujet de leur ressemblance dans leurs parcours de femmes :

Bonjour Marie,
Lorsqu’on m’a dit que j’allais être jumelée avec toi, pour ce projet, je me suis demandée qu’est-ce qu’on allait bien pouvoir trouver pour répondre à la question thème de ces discussions. « Qu’est ce qui nous rallie en tant qu’être humain? ».

Je te voyais et te vois toujours comme une grande dame. Toi qui étais ministre de l’éducation la même année que j’effectuais un retour aux études. Cette année-là j’étais inscrite dans le cours : mise à niveau, en français.

Ton parcours, mais surtout ta prestance autant que ton assurance m’effrayaient. Je ressors de cette expérience en me sentant privilégiée d’avoir connue la femme derrière le personnage médiatique; curieuse, humaine, allumée, engagée.

La première chose qui m’a fait sourire et qui m’a rapprochée de toi a été de comprendre que nos caractères, en tant qu’enfants, n’avaient pas été si différents. Deux petites filles questionnant l’ordre établi, refusant le rôle que la société veut leur faire porter. En refusant ce rôle, devenue femme, j’ai choisi l’armée et toi la politique. Mais à bien y penser ne serait-ce pas elles qui nous ont choisies?

En partageant nos expériences respectives dans ces mondes à l’époque presqu’exclusivement masculins, j’ai été surprise de réaliser que nous nous soyons heurtées à des expériences qui se ressemblent. À travers cette discussion, j’ai réalisé que l’éducation à peu à faire avec la dynamique dominant/dominé qui se joue au sein de n’importe quelle structure. J’ai été fascinée par la façon dont tu as su prendre ta place dans le domaine politique, sans imiter la gent masculine, en restant ancrée dans ta féminité, et par la façon dont tu y as créé une place pour la femme et ses besoins. Cela a allumé un phare pour continuer ma route.

En toi, je me suis aussi reconnue dans ton rôle de mère, dans l’amour pour la nature et pour l’eau et dans ton désir (et tes actions) de prendre soin de ta santé pour rester active le plus longtemps possible. J’aimerais que tu saches que ton engagement dans des causes sociales et culturelles, toujours bien vivant, m’inspire et qu’il a allumé un autre phare en moi. Il m’a donnée une vision.

Marie je te remercie de ces beaux échanges qui m’ont permis de te connaître, de me connaître, et de me reconnaître à travers toi.

Pour finir, je veux te dire que je comprends ton ressentiment face à l’institution qu’est l’armée pour les résultats de la guerre sur ses soldats. J’aimerais te partager mes réflexions à ce sujet car elles m’ont aidée à faire la paix avec certains démons.

De mon point de vue, la guerre n’existe pas à cause des armées mais les armées existent parce que l’être humain porte la guerre à l’intérieur de lui. La guerre fait donc partie du grand tout qui compose l’humanité, car sans êtres humains, elle n’existerait pas. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas l’armée qui décide de déployer nos soldats en missions mais que ces décisions sont prises au niveau politique car les deux travaillent en étroite collaboration. Nous portons tous nos essences; la femme politique, la soldate, le conquérant sanguinaire, le chef d’état…etc. Nous jouons au grand théâtre de la vie avec ces essences. La grande responsable de nos souffrances,
comme ancien combattant, reste donc, pour moi, la nature humaine.

Sincèrement et avec tout mon amitié
Isabelle

 

« La première chose qui m’a fait sourire et qui m’a rapprochée de toi a été de comprendre que nos caractères, en tant qu’enfants, n’avaient pas été si différents. Deux petites filles questionnant l’ordre établi, refusant le rôle que la société veut leur faire porter. En refusant ce rôle, devenue femme, j’ai choisi l’armée et toi la politique. Mais à bien y penser ne serait-ce pas elles qui nous ont choisies? »