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L’ami de l’étranger est un projet du Théâtre des Petites Lanternes qui explore l’hospitalité à travers des rencontres citoyennes. Cette série d’articles partage les découvertes, réflexions et récits qui émergent de cette recherche participative sur l’accueil.

Par Clémence Dumas-Côté, autrice

C’est parfois la curiosité. Ou le hasard. Toujours à partir d’une heure précise, avec une adresse sur une rue dont souvent, je n’ai jamais entendu le nom. Le désir d’un partage. Les rencontres ont eu lieu. Et les raisons ayant poussé des personnes qui nous étaient auparavant inconnues à nous accueillir ou à nous rejoindre dans un lieu déterminé par nous sont bien mystérieuses et au fond, demeureront sans doute secrètes. 

Au printemps, parfois, je me suis préparée à aller manger chez des gens. Mais ces gens m’étaient totalement inconnus. Où est-ce qu’on va, aujourd’hui? Attends, je mets l’adresse dans mon GPS. As-tu la tasse (nous offrions, en guise de remerciement à nos hôtes, une pièce de céramique fabriquée par une artiste locale et qui évoquait pour nous l’accueil)? J’ai la tasse. Ok, tu cognes ou je cogne? Ça commençait comme ça, presque toujours, mais la suite ressemblait à une longue surprise avec beaucoup de papier collant que l’on déballe, à tâtons, les yeux bandés, pendant deux ou trois heures. Ça n’arrive vraiment pas souvent dans une vie.

Nos hôtes. Des personnes seules, en couple, en affaires. On est débarqué dans de petites et de plus grandes maisons. Certains nous ont nourri, d’autres nous ont parlé d’eux, certains ne nous ont absolument rien dit sur eux mais ont raconté l’histoire de la place ou même de personnes mortes ayant habité la place avant eux. 

Puis nous avons reçu des personnes, toujours inconnues, pour la plupart, dans une bibliothèque, dans un centre d’art, au cœur même de communautés rurales, dans les Cantons. Philippe, Cyril et moi, on se séparait les courses. Toi du fromage, moi de la tisane glacée, combien de paquets de biscuits? As-tu pensé à aller cueilllir les fleurs? J’ai vu qu’il y a pas mal de flox dans le fossé à côté de la voie ferrée… Et on se distribuait des questions, des rituels ou des gestes à ancrer au fil de la rencontre. 

Des gens se sont ouverts, nous ont raconté qui entre chez eux et qui ils voudraient pouvoir être en mesure d’accueillir. On a parlé de la pression sociale, des normes et des envies profondes qui serpentent, en-dessous. 

Cet été, à partir de ces mots et moments recueillis comme des flox dispersés sur une voie ferrée, j’écris dans l’étonnement. Baignée de ces rencontres et récits, je collige avec Philippe et Cyril des bribes pour un texte théâtral destiné à l’espace public. J’essaie de rester proche de cette sensation qui m’a traversé lors de ces rencontres avec des inconnus : l’envie de donner, même si je ne sais pas encore à qui, un bout de moi, et peut-être, en échange, recevoir un bout d’elle, de lui.

peluche tenant une fleur

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