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Par Cyril Assathiany, directeur artistique

L’ami de l’étranger est un projet du Théâtre des Petites Lanternes qui explore l’hospitalité à travers des rencontres citoyennes. Cette série d’articles partage les découvertes, réflexions et récits qui émergent de cette recherche participative sur l’accueil.

La recherche sur l’hospitalité de L’ami de l’étranger a commencé. Les rencontres aussi.

Nous explorons quelque chose d’assez simple en apparence : être reçu. 

Nous sommes une équipe de trois personnes et déjà, avant même les rencontres, plusieurs questions apparaissent. Quand nous sommes invités chez quelqu’un, quelle part de nous-mêmes amenons-nous? Comment vivre une rencontre la plus vraie possible?

Parce qu’au fond, ce que nous faisons est assez particulier.

Avez-vous déjà passé deux heures avec une personne inconnue simplement pour discuter? Pour parler d’accueil, d’hospitalité, de ce qui fait qu’on ouvre sa porte à quelqu’un? Dans la vie, les rencontres arrivent souvent tranquillement. Quelques minutes ici, quelques mots par-là. Puis un jour, quelqu’un invite. Quelqu’un reçoit.

Et recevoir, ce n’est jamais banal.

Cyril Assathiany, Clémence Dumas-Côté, Philippe Langlois.

Une petite dramaturgie de l’accueil

On prépare un peu. Le café, la chaise, ce qu’on montre ou non. Sans toujours s’en rendre compte, on construit une petite dramaturgie de l’accueil. Nous arrivons donc chez les gens un peu comme au théâtre : nous n’avons pas vu les préparatifs. Nous entrons dans un monde déjà organisé, déjà habité, où il faut apprendre les règles du lieu.

Quand la maison accueille avant la personne

Une chose nous a frappés rapidement : presque tout le monde commence par nous parler de sa maison. Le salon, le terrain, les rénovations, les souvenirs, un objet important, la vue par la fenêtre. Comme si le lieu nous accueillait avant même la personne. Comme si la maison disait d’abord : voici un peu de qui je suis.

Peu à peu, nous réalisons que le lieu prend beaucoup de place dans la rencontre. Il influence les gestes, les silences, les histoires racontées. Où s’assoit-on? Faut-il enlever ses chaussures? Qui sert le café? Chaque maison semble avoir sa façon bien à elle d’accueillir. Par moments, on dirait même que le lieu devient un personnage de la discussion.

Cela nous fait réfléchir. Recevoir quelqu’un, ce n’est peut-être pas seulement ouvrir sa porte. C’est laisser l’autre entrer dans un monde déjà vivant, avec ses habitudes, ses souvenirs, ses fragilités aussi.

Bientôt, à notre tour d’accueillir

Pour l’instant, une chose est certaine : nous entrons dans ces maisons avec beaucoup de curiosité. Nous essayons d’écouter, de suivre le rythme de la personne qui nous accueille. Après tout, être reçu, c’est peut-être accepter, pour un moment, de ne pas mener la danse.

Et bientôt, ce sera à notre tour d’accueillir.

Dans les prochaines semaines, nous inviterons la communauté à vivre une expérience conviviale et participative autour de l’hospitalité. Un moment pour échanger, réfléchir et peut-être regarder autrement les gestes et les codes que nous portons sans toujours les questionner. Pourquoi offre-t-on un café? Pourquoi certaines distances semblent naturelles et d’autres inconfortables? Qu’est-ce qu’un « bon accueil » aujourd’hui?

En mettant ces codes de l’hospitalité en lumière, nous souhaitons ouvrir une discussion simple mais essentielle. Quels gestes d’accueil nous habitent réellement? Les avons-nous choisis ou hérités? Nous ressemblent-ils encore? Et surtout, comment souhaitons-nous recevoir et être reçus  aujourd’hui?

À travers cette démarche de recherche et de création, le projet L’ami de l’étranger cherche à faire émerger une réflexion collective sur notre rapport à l’autre, aux lieux que nous habitons et aux façons dont nous construisons le vivre-ensemble.

Après tout, entre celui qui reçoit et celui qui est reçu, il existe un espace fragile où chacun découvre un peu de l’autre, mais aussi quelque chose de soi, dans la simple expérience d’être ensemble.

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